Pourquoi Yaël a été obligé de fauter ?

Question :

Chalom Rav,

Je ne comprends pas quelque chose dans l’histoire de Yaël dans le Séfer Choftim : pourquoi Yaël a-t-elle été obligée de faire une ‘Avéra (faute) pour tuer ensuite Sissera ?

Pourquoi Hachem n’a pas fait en sorte qu’elle puisse le tuer sans commettre d’Avéra ? Ok, elle n’a pris aucun plaisir etc., mais ça reste une faute quand même. Pour une femme de ce niveau, je ne comprends pas pourquoi Hachem l’a “obligé” à passer par là !

Réponse du Rav :

Bonjour,

Le texte ne précise pas clairement qu’elle fauta avec Sissera, mais les Sages le déduisent du verset : « entre ses pieds il s’est affaissé, il est tombé, il s’est couché ; entre ses pieds il s’est affaissé, il est tombé; là où il s’est affaissé, là il est tombé, prisonnier » (5, 27). Pour Tossafot (Nazir 23b), Sissera a menacé Yaël de mort, et elle n’était alors pas obligée de se laisser tuer. Lorsque la Guémara appelle son acte “une ‘Avéra pour D.ieu”, elle ne voulait pas dire une véritable ‘Avéra, mais uniquement un acte pas très licite.

On pourrait proposer une autre explication. Yaël était la femme de Hévér, de la famille de Kéni (Juges 4, 17), qui n’est autre que Yitro, qui a judaïsé sa famille. Certains des leurs habitaient dans les ruines et les cendres de Yéri’ho ; ils furent convertis au judaïsme et étudiaient chez Otniel ben Kénaz : « Les fils du Kéni, beau-père de Moché, montèrent de la ville des palmiers (Yéri’ho), avec les fils de Juda (Otniel ben Kénaz), dans le désert de Juda au midi d’Arad, et ils allèrent s’établir parmi le peuple » (Juges 1, 16).

D’autres habitaient en dehors d’Erets Israël, au pays d’Amalek ; avant la guerre que Saul livrait à Amalek, il demandait à la famille de Kéni de s’éloigner du théâtre des opérations militaires : « Il dit aux Kéniens : Allez, retirez-vous, sortez du milieu d’Amalek, afin que je ne vous fasse pas périr avec lui; car vous avez eu de la bonté pour tous les enfants d’Israël, lorsqu’ils montèrent d’Égypte. Et les Kéniens se retirèrent du milieu d’Amalek » (Samuel I 15, 6). Ces descendants ne se sont pas converti au judaïsme, et n’appliquaient principalement les 7 lois noa’hides. Yonadav ben Réhav, personnalité marquante de cette famille, recommandait à ses descendants de vivre en austérité, de ne jamais construire de maisons, ne pas planter de vignes et ne pas boire du vin. Le prophète Jérémie les loue pour leur fidélité, leur promit l’existence éternelle au Proche-Orient, et les prend comme exemple à suivre (Jérémie 35).

Concernant Yaël et sa famille, ils habitaient en dehors d’Erets Israël : « Sissera se réfugia à pied dans la tente de Yaël, femme de Héver, le Kénien; car il y avait paix entre Yavin, roi de Hatsor, et la maison de Héver, le Kénien » (Juges 4, 16). Il est fort probable qu’elle aussi n’était pas juive, mais respectait essentiellement les lois noa’hides. Si son mari Hévér était déjà décédé au moment où Sissera venait, alors, étant célibataire, elle n’avait pas d’interdiction de vivre avec Sissera.

Kol Touv.

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